Innover pour l’équité : un ordinateur pour l’enseignement des réfugiés

Une nouvelle histoire d’innovation à l’UNICEF : un ordinateur simplifié permet aux réfugiés non scolarisés d’accéder à l’enseignement

Zeinab Al Jusuf a 11 ans, et a toujours été la 1ère de sa classe. Mais c’était avant, avant que n’éclate la guerre dans son pays natal, la République Arabe Syrienne.
Aujourd’hui elle est à Beyrouth, au Liban, où sa famille s’est réfugiée. Elle et ses frères et sœurs doivent se débrouiller avec des livres d’aventures pour étudier à la maison.

Plus de  3 années après le début de la crise syrienne, une grande partie des 3 millions d’enfants déplacés ne sont pas retournés à l’école. James Cranwell-Ward, spécialiste de l’innovation à l’UNICEF, a pensé que le Raspberry Pi pouvait apporter une solution aux problèmes de ces enfants.

Le Raspberry Pi est un nano-ordinateur monocarte  conçu par un créateur de jeux vidéo. Cet ordinateur, qui a la taille d’une carte de crédit, est destiné à encourager l’apprentissage de la programmation informatique. Il est fourni nu (carte mère seule, sans boîtier, alimentation, clavier, souris ou écran) dans l’objectif de diminuer les coûts et de permettre l’utilisation de matériel de récupération. Conçu à l’origine (2012) comme un ordinateur à bas coût (35$), James a travaillé pour l’UNICEF pour apporter des solutions innovantes aux enfants réfugiés au Liban. Il l’a complété d’un écran de tablette et un programme en arabe conçu par la start-up spécialisée dans l’enseignement en ligne (Khan Academy), et a ainsi obtenu un ordinateur qui peut être utilisé à la fois pour apprendre et pour jouer. Il permet une éducation ludique,  non traditionnelle, dans les régions où résident de nombreux enfants déplacés, notamment les camps de réfugiés et les centres communautaires.

En octobre, avec d’autres réfugiés âgés de 10 à 16 ans, dans une école non traditionnelle de Beyrouth, Zeinab a participé à son premier cours portant sur le Raspberry Pi. Actuellement, elle apprend le codage informatique, l’arithmétique élémentaire et les sciences, et elle a pu créer son premier jeu en utilisant  le langage de programmation de Pi.
James Cranwell-Ward espère pouvoir  bientôt développer le programme pilote pour offrir des leçons à plus de 30 000 réfugiés se trouvant au Liban et ailleurs.

L’école pour tous est elle menacée ?

Lors du forum international sur l’éducation tenu à Dakar en 2000, 164 gouvernements, accompagnés par de nombreuses associations et d’agences (dont l’UNICEF) ont identifié les buts à atteindre en 2015. L’UNESCO fut mandaté pour coordonner les actions. Dans le texte de clôture du forum, les participants se sont engagés, entre autres :

  • à développer et améliorer la protection et l’éducation de la petite enfance, et notamment des enfants les plus vulnérables et défavorisés, 
  • à faire en sorte que d’ici 2015 tous les enfants, notamment les filles et les enfants en difficulté ou issus de minorités ethniques, aient la possibilité d’accéder à un enseignement primaire obligatoire et gratuit de qualité et de le suivre jusqu’à son terme, 
  • à améliorer sous tous ses aspects la qualité de l’éducation de façon à obtenir pour tous des résultats, notamment en ce qui concerne la lecture, l’écriture, le calcul et les compétences indispensables dans la vie courante.

Or, le « rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous 2012 » édité par l’UNESCO (http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=28383#.UaN7p5zkVd), montre que pour la première fois depuis 2000, le nombre d’enfants scolarisés n’augmente plus. Pourtant, tout semblait se dérouler de façon satisfaisante, puisque depuis 2000, une progression importante du nombre d’enfants scolarisés dans le monde était observée. De 108 millions d’enfants privés d’école en 1999, on était descendu à 61 millions en 2010. Mais les courbes publiées dans le rapport de l’UNESCO montrent que ces progrès ont surtout été obtenus entre 1999 et 2008. Entre 2008 et 2010, on observe déjà un net ralentissement.
De fait, la stagnation observée au niveau mondial est largement due à la situation en Afrique subsaharienne, où le nombre d’enfants exclus de l’école a augmenté, passant de 29 millions en 2008 à 31 millions en 2010.
Sur les 61 millions d’enfants non scolarisés dans le monde, on estime que 47% n’iront jamais à l’école, que 26% ont été scolarisés mais n’ont pas terminé leur cursus et que 27% seront scolarisés.
Le défaut d’éducation est souvent une conséquence de la marginalisation des enfants. Ce sont en effet les pauvres, les populations vivant dans des zones rurales éloignées, ceux qui sont affectés par les conflits ou issus de minorités linguistiques ou ethniques, qui se voient privés d’un accès à l’éducation. De fait, on estime à 250 millions le nombre d’enfants en âge d’aller à l’école primaire qui sont incapables de lire ou de faire des opérations d’arithmétique simples. Cependant, la moitié de ces enfants vont bien à l’école mais ils sont confrontés à des classes surchargées, à un enseignement de mauvaise qualité et à des infrastructures inadaptées.

Réduire le nombre d’enfants non scolarisés n’est pas seulement un impératif éducatif. Les bénéfices sont également d’ordre sanitaire. Il est démontré que l’éducation de la mère réduit la mortalité infantile. Les femmes ayant reçu une éducation sont en effet plus susceptibles d’accoucher dans de bonnes conditions. Par exemple, au Burkina Faso, les mères ayant reçu un enseignement secondaire sont deux fois plus susceptibles de donner naissance à leur enfant dans un centre de soins et elles feront plus facilement vacciner leur bébé. De plus, d’après une récente étude, seules 59% des mères ne disposant d’aucune éducation formelle dans 16 pays d’Afrique subsaharienne savent que le préservatif est un moyen d’éviter la contamination par le virus du SIDA.
Il reste peu de temps avant la date butoir de 2015…

En ce qui concerne l’UNICEF, sa stratégie a évolué et débouché sur les modèles d’Ecole Amie des Enfants qui a pour objet d’amener progressivement les écoles et les systèmes éducatifs à atteindre les normes de qualité prescrites en traitant simultanément tous les éléments qui influent sur le bien être et les droits de l’enfant en tant que bénéficiaire de l’enseignement. Les normes de qualité doivent permettre à tous les enfants d’aller à l’école, de passer d’un niveau à un autre et d’achever leurs études dans les délais prescrits; elles doivent également enrichir la scolarité des élèves en les aidant à réussir, à se développer et à réaliser pleinement leur potentiel.
Au Niger, un programme détaillé mis en place par l’UNICEF sur la base de l’école amie des enfants permet d’espérer des résultats dans ce pays dont le taux de mortalité infantile est élevé, où seulement 9% de la population a accès à des installations sanitaires et où environ la moitié seulement des enfants ont accès à l’école primaire.

L’Unicef, déjà mobilisé pour faire face aux urgences en 2012 !

Dans son rapport Action humanitaire 2011 (publié le 27 janvier), l’Unicef décrit la situation critique des enfants et des femmes affectés par des catastrophes naturelles, des conflits, des crises nutritionnelles… aboutissant à des situations d’urgence. À travers ce rapport, c’est aussi un appel à la mobilisation de tous que lance l’Unicef pour trouver les financements nécessaires, pour répondre aux besoins immédiats et à plus long terme des populations les plus vulnérables.
En 2012, sur les 987 millions d’euros que l’Unicef demande, 291 millions seront destinés à la nutrition (ce qui représente 30% de l’appel), en augmentation de 47% par rapport à 2011. Les autres priorités étant l’eau et l’assainissement (20% de l’appel), l’éducation (14%) et la santé (13%).
En 2012, l’Unicef prévoit d’intervenir auprès de 97 millions de personnes dans les pays et territoires présentés dans le rapport.
Sur les 987 millions d’euros demandés, les appels les plus élevés sont :
Somalie : 222 millions
République démocratique du Congo : 110 millions
Soudan : 74 millions
Pakistan : 67 millions
Sud-Soudan : 47 millions